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Vol.XV: Schubert, Concerto D345, Mendelssohn, Violin Concerto op. 64*, Brahms, Concerto for Violin & Violincello op.102**

Oleg Kagan (Violin), Lithuanian Chamber O./Saulus Sondezkis, Moscow 1984; Gewandhaus O./Kurt Masur*, Leipzig 1983; Novosibirsk Symph. O./Arnold Katz**, Moscow 1981

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12,00 €

Details

Parmi les collections consacrées ces dernières années à l‘art de violonistes contemporains, celle-ci est sans doute l‘une des plus originales et des plus riches, car elle ne contient que des enregistrements de concerts inédits qui permettent d‘apprécier pleinement le talent de l‘un des plus éminents archets russes de 1‘après-guerre. Le programme proposé dans ces six nouveaux volumes est aussi passionant en variété et en qualité que celui des neuf premiers (cf. Diapason no. 402, 410, 411, 422 et 423). Le formidable duo Kagan/Richter, dont nous connaissions déjà les témoignages dans des sonates de Mozart, Beethoven, Brahms ou Chostakovitch, nous propose une unique intégrale des quatre sonates pour violon et piano de Hindemith (vol. 10). Dans ce répertoire peu fréquenté, souvent rude et dissonant, on admirera autant l‘opiniâtreté du discours, la richesse des couleurs, le sens du mystère que la maîtrise de l‘énergie. Un mé1ange unique de force, de cohérence, de motricité, de rudesse et de sérénité donne à cette Vision une fascinante virilité qui l‘impose d‘emblée comme une incontournable référence. Les deux Partitas de Bach réunies dans le vol. 11 furent enregistrées dix ans avant l‘intégrale publiée par Erato (cf. Diapason no. 386). On y retrouve cette autorité du propos et ce souffle les lignes, mais la maîtrise instrumentale et la magnificence de la sonorité sont ici nettement plus parfaites que dans la version ultérieure où Kagan était déjà affaibli par la maladie. Certes, ici et là, grandiloquence et emphase chargent un peu sa diction, mais la conduite du chant est menée de main de maître, comme en témoignent la perfection de l‘articulation et la sûreté de l‘intonation. Au vol. 12, le violoniste recrouve Sviatoslav Richter dans le Grand Duo de Schubert que le pianiste russe avait déjà enregistré avec David Oistrakh quinze ans plus tôt. On sait que Richter a toujours usé de tempos très retenus dans Schubert, comme pour mieux en goûter toutes les subtilités, mais ici le vibrato trop actif de Kagan fait perdre de sa pureté au discours et la cohésion spirituelle est moins parfaite qu‘avec Oistrakh, principalement en raison de cette fébrilité du violoniste. Le Trio de Chostakovitch aux côtés de Natalia Gutman constitue donc le principal intérêt de ce disque. L‘oeuvre est ici porté à un degré de tension extrême par le ton déchirant du violon, la profonde mélancolie du violoncelle et l‘implacable mérique du piano. Thèmes macabres et climats lugubres se succèdent avec une bouleversante intériorité, tandis que les rares moments d‘effusion prennent une dimension inexorablement tragique. L‘intensité de l‘engagement et le pathétisme ardent liés à l‘atmosphère de la scène en font une version d‘une rare densité émotionnelle. Le vol. 13 rassemble des oeuvres concertantes pour violon et orchestre provenant de deux concerts distincts (mars 1980 et mars 1986). On y entendra une bouillonnante interprétation du Concerto no. 1 de Prokofiev, parfois un peu désordonnée mais grisante d‘ivresse (Scherzo), une vision puissamment exaltée de Tzigane, puis une Introduction et Rondo capriccioso au romantisme échevelé. En revanche l‘enregistrement plus tardif de la Fantaisie de Schumann laisse apparaître, malgré l‘enthousiasme et l‘émotion du jeu, une expression plus torturée et plus torturée et plus décousue. Dans le vol. 14 on découvrira le très rare Trio en fa dièse mineur de César Franck, oeuvre de jeunesse cyclique, basée sur des cellules thématiques que l‘on retrouve de mouvement en mouvement. Si Je ton résolu, les sonorités denses et les vibratos nourris des interprètes en exaltent plus volontiers la ferveur romantique que la fraicheur mélodique, la perfection de la réalisation ne peut que laisser admiratif. Suit un Trio de Ravel vivant et pittoresque de bout en bout, inépuisable de noblesse (Passacaille) et étince1ant de timbres (Finale). Du 15e volume, on retiendra une interprétation vibrante et inventive du Concerto de Mendelssohn, dans laquelle Kagan se livre sans pudeur, avec une spontanéité fort attachante, mais plus encore un Double Concerto de Brahms où le dialogue avec son épouse Natalja Gutman prend une dimension totalemcnt passionnelle. Soutenus par un excellent Orchestre de Novosibirsk, alerte et coloré, les deux solistes unissene leur archet et leur souffle dans un même élan avec une rare intimité de sentiments pour en livrer une lecture jailissante qui vous tient en haleine d‘un bout à l‘autre.

Jean-Michel Molkhou, Diapason 4/1998

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